9 août

Tout est consumé à net

Les ennemis nous ont canonnés et bombardés comme ils n'ont encore jamais fait beaucoup de pots à feu et carcasses dont quelqu'unes ont embrasé la Basse Ville ; il y a eu 140 à 150 maisons (290) de réduites en cendres ; depuis la maison du Sieur Boisseau à alér chés le Sieur Voyer dans le Cul de Sac tout est consumé à net.

Il y a eu aujourd'huy 6 prisonniers de faits à la Rivière Détréchemin 4 desquels ont été faits par des sauvages et les 2 autres par des habitans de la Pointe de Lévy ; 4 autres anglois ont été tués sur la place.

Nous venons d'aprendre que les anglois avoient tenté une descente à la Pointe aux Trembles dans le cours de la journée d'hyer ; ils y avoient 28 berges et deux batteaux portant de l'artillerie chargée de troupes ; M. de Bougainville y étoit avec 3 à 400 hommes ; il les a laissé aprocher de terre a demy portée du fusil après quoi il a fait faire feu sur eux ; les ennemis sans débarquer ont tenu une demi heure et ensuite se sont retirés en remorquant deux grandes berges où il ne paroissoit presque plus personne ; on estime leur perte à près de 300 hommes hors de combat (291) ; nous y avons eu 5 hommes de blessés dont un cavalier qui a eu un coup mortel.

M. de Bougainville a vu son cheval blessé (292) entre ses jambes, ce qui l'a fait tomber à terre ; les ennemis l'ayant aperçu l'ont cru mort et ont aussytôt crié houra, mais il s'est relevé et a fait crier : vive le Roy.


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8 août

Canonnade

Les ennemis nous ont jetté pendant la nuit 43 bombes ; la canonnade a été excessivement vive.

Entre midy et une heure, il y a eu une canonnade au Sault de la part des ennemis qui a duré environ demie heure ; je ne sçais qui l'a occasionnée.

Il vient d'arriver un courrier d'en bas ; j'ignore ce qu'il raporte.


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7 août

Une bombe dans mon jardin

II est tombé ce matin une bombe dans mon jardin qui l'a labouré d'un bout à l'autre, renversé partie de la palissade ainsy que la porte.

Pendant la nuit les ennemis nous ont jette 60 et quelques bombes ; les vaisseaux ennemis qui étoient mouillés devant le Cap Rouge sont montés à la Pointe aux Trembles avec beaucoup de berges.

Il y a eu cette nuit 3 hommes de tués et 11 de blessés par un boulet sur la batterie de M. Levasseur.


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6 août

Alerte à la Basse Ville

Nous avons eu cette nuit une alerte à la Basse Ville ; nos découvreurs qui sont en canot d'écorce ont averty qu'ils voyoient des berges ; aussitôt nos batteries ont fait feu à peu près où ils pensoient qu'ils étoient, ce qui aussitôt leur a fait rebrousser chemin, à la réserve de quelqu'unes qui ont continué leur route ; sçavoir si on a bien vu (284) tout ce qui a passé car la nuit étoit fort obscure ; on a envoyé 4 à 5 piquets de troupes de terre et de la marine pour renforcer le détachement que nous avons à l'Anse des Mères, en cas que les ennemis tenteroient dy faire une descente.

Les 5 déserteurs venus le 4 sont des allemands (285) qui avoient été pris l'année dernière en venant icy ; ils rapportent qu'il y en a plus de 200 dans le mesme goust et qui n'attendent que l'occasion pour déserter ; ces déserteurs ne sçavent pas grand chose ayant toujours resté à bord des vaisseaux ; on vient de les incorporer dans le régiment de Languedoc.

Pendant la nuit ils nous ont envoyé que 45 à 50 bombes, pots à feu ou carcasses ; s'ils ne nous en ont pas plus envoyé ils se sont bien dédommagés à nous canonner ; heureusement qu'ils ne nous ont tué ou blessé personne ; mais pour les maisons elles sont criblées ou écrasées dans toutes les parties de la ville ; le château n'a encore que 2 bombes, mais en récompense il a plus de 500 boulets.

Sur les 2 heures de l'après midy une frégatte de 30 canons est allée se poster par le travers de la Pointe de Lévy mais au large ; elle a tiré une douzaine de coups de canon ; on lui a riposté de 6 bombes dont quelqu'unes l'ont approché de bien près, ce qui lui a fait prendre le parti de retourner d'où elle venoit (286).

Depuis 11 heures du matin les batteries du Sault canonnent notre camp ; je ne sçais point ce qu'ils tentent de ce costé là ne voyant aucune berge ny même apparence de rien ; ils nous amusent et la suite nous apprendra leurs feintes ; Dieu veuille que nous puissions nous en garder.

Voicy un milicien qui m'apprend ce qui a occasionné la canonnade de ce matin ; c'est un épaulement (287) qu'on fait à nos retranchemens, on a été obligé d'abandonner l'ouvrage, le canon nous incommodant trop.

Un soldat du régiment de la Sarre a été emporté par un boulet. Messieurs les Anglois se sont fâchés de ce que nos gens ont travaillé hyer à nos batteries pendant la cession ; il semble en vérité qu'ils veulent déjà nous imposer des lois et qu'il n'y a qu'eux qui puissent faire ce qu'ils veulent ; il est vray aussi qu'on leur permet tout.

Voicy le rapport d'un prisonnier fait 3e à la Pointe de Lévy, qu'un de leurs vaisseaux venant de Louisbourg rapporte que la flotte française a été repoussée d'Irlande, qu'ils attendent incessamment la jonction du général Amers qui est à Carillon, qu'ils doivent nous attaquer sous peu de jours, que le général Wolf avoit fait une revue générale de ses troupes, qu'il les avoit fort encouragées et même assurés qu'ils perdraient moins de monde dans l'attaque générale qu'ils avoient à faire qu'ils n'avoient fait le 31 juillet ; qu'ils dévoient embosser 4 de leurs vaisseaux, mais qu'ils ne sçavoit pas où ; qu'ils dévoient habiller 2000 matelots en uniforme pour faire une fausse attaque et que moyennant ces précautions il étoit moralement sûr de réussir.

A midy précis il est arrivé du Sault un déserteur anglois qui confirme le rapport du prisonnier fait à la Pointe de Lévy et il ajoute qu'à l'action du 31 juillet le second commandant et même le Général Wolf avoient été blessés (288) mais légèrement et que le soldat de Béarn déserté le 5 a déposé que nous avions tant à Beauport qu'au Sault 14000 hommes, et que dans l'action les troupes de terre avoient été obligées de mettre la bayonnette au bout du fusil pour courir après les Canadiens qui se sauvoient (289), que nous ne manquions pas de pain mais que nous n'avions point de viande.

M. de Bougainville, colonel, est party sur les 11 heures du soir pour le Cap Rouge avec un détachement composé de grenadiers, soldats et miliciens.


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5 août

Un courrier de Montréal

Cette nuit sur les 11 heures il y a eu de la canonnade au Sault qui a duré environ une demie heure ; je ne sçais point ce qui l'a occasionnée.

Ils nous canonnent et nous bombardent toujours à l'ordinaire de la Pointe de Lévy ; heureusement qu'il n'y a eu aucun embrasement.

Voici ce qui a occasionné la canonnade de cette nuit ; c'est un soldat du régiment de Béarn qui a déserté aux ennemis étant en faction (281) ; la cavalerie a donné après sitôt qu'on en a eu connoissance, mais leur course a été inutile et c'est ce qui a fait faire ce feu aux ennemis. Hyer 8 à 9 habitans qui sont de l'autre costé et qui vont de la Pointe de Lévy à Beaumond, ont fait 3 prisonniers à St. Henry.

Depuis midy jusqu'à 6 heures 1/2 du soir nous avons eu cession d'armes (282) ; c'est toujours le même ambassadeur qui y va ; je ne sçais point le sujet ny qui a demandé cette trêve ; à la fin du tems dit nous avons été salués d'importance ; c'est la suite de la trêve, et nous ne perdons jamais rien du compte qui nous est destiné.

Nous venons d'aprendre par un courrier de Montréal que les forts Carillon et St. Frédéric avoient été faits sautés par nos gens qui ensuite se sont repliés à l'Isle aux Noix ; les nouvelles de Niagara ne sont pas beaucoup meilleures ; il est fort à craindre que les ennemis ne tentent de pénétrer à Montréal (283).


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4 août

Cinq déserteurs

Depuis hyer au soir jusqu'à 8 heures du matin, les ennemis nous ont envoyé 100 et quelques bombes et plus de 8 à 900 coups de canon ; nous avons eu deux hommes de blessés par des éclats de bombes (273).

La batterie du rempart souffre beaucoup du feu des ennemis ; c'est aussy dans cet endroit que nous perdons plus de monde y étant tous à découvert n'y ayant qu'une barbette qui malheureusement est en pierre.

Je viens d'apprendre par des habitans de la baye St. Paul que le nommé Suisse (274) officier de milice de cette paroisse avoit party en canot avec 6 habitans du lieu pour essayer à faire quelques prisonniers à l'Isle aux Coudres, et qu'aussitôt qu'ils furent à terre, le dit Suisse avoit déserté; les ennemis s'embarquèrent aussitôt pour venir couper chemin à nos gens, qui heureusement se sauvèrent.

Un prisonnier anglois fait avant hyer, rapporte que les ennemis pensent avoir défait au moins 2000 hommes dans la place.

Sur les 5 heures du soir il vient de nous arriver 5 déserteurs qui se sont joints dans le cours de la journée d'hyer à quelques habitans que nous avons en découverte de l'autre costé ; on vient de les conduire au quartier général ; voicy ce que je sçais de leurs déposition, qu'ils n'ont jamais eu que 500 hommes dans leurs bâtimens qui sont en haut, mais que depuis ce tems on en avoit ôté et qu'il n'en restoit actuellement que 300.

Messieurs Dumas et de Boishébert (275) reviennent de la Pointe aux Trembles et retournent au camp de Beauport avec un détachement de 200 hommes. Il reste M. de Bleau (276) capitaine au régiment de Guyenne, ainsy que M. Beaubassin (277) et un autre officier avec 4 à 500 hommes de troupes et canadiens et les sauvages abénakis, amalécites et micmaks, ce qui en tout peut faire 7 à 800 hommes ; on pense que les ennemis se tiennent toujours dans cette partie pour nous inquietter afin de nous faire faire diversion et pour tomber ailleurs ; Dieu veuille qu'ils ne nous trompent pas. Cet après midy on vient de casser la teste à un déserteur anglois qui s'étoit rendu icy il y a quelque tems et s'étoit engagé dans nos troupes; et comme il étoit fort libre il a pris le party de déserter ; il y a aparence que c'étoit un espion ; en tout cas cela ne luy arrivera pas davantage et cela fera peut-estre impression à ceux qui en voudraient faire autant.

Sur les 2 heures après midy nous avons eu encore cession d'armes (278), les ennemis ayant arboré pavillon de parlementaire, on les a été recevoir dans la rade, ils ont remis la malle de l'officier blessé le 31 juillet. La cession a duré jusqu'à 5 heures du soir et aussitôt les ennemis nous ont avertis qu'elle étoit finie ; cette nouvelle nous a été signifiée par une furieuse décharge de boulets et de bombes.

Pendant cette trêve on a travaillé à nos batteries de Beauport où l'on met des saucissons (279) pour mettre le monde à couvert; il est un peu tard pour commencer, mais le commandant d'artillerie ne peut pas prévoir à tout étant la plus grande partie du tems occupé aux ambassades

On vient de désarmer la gabarre l'Entreprenante armée de 4 pièces de canon de 12 et 18 ; on met ces mêmes pièces à une batterie qu'on fait à la Pointe à Roussel de l'autre costé de la petite rivière.

Sur les 7 heures du soir il a été délivré des magasins du Roy à M. de Lanaudière, chevalier de St. Louis, 3 bottes légères et du bruc (280) pour attacher les bœufs qu'il ramasse pour le munitionnaire.


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3 août

Un feu continuel

Depuis quelques jours les ennemis font un feu continuel ; ils nous tirent au moins par 24 heures 7 à 800 coups de canon et plus de 150 boulets, ce qui achève d'écraser les maisons.

Un matelot vient d'estre tué sur la batterie Dauphine par un boulet. La direction des bombes est aujourd'hui sur la Basse Ville.

Sur les une heure après-midy il y a eu une alerte au Sault ; on a battu la générale dans tous les camps et tout le monde s'est rendu aux retranchemens ; on dit que c'est l'amiral Sunder qui est venu au Sault (272) pour concerter avec le général Wolf les préparatifs à faire en cas qu'ils tentent d'y faire une seconde attaque.


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2 août

Dieu veuille que ces calamités
finissent bientôt

Les ennemis continuent toujours de bombarder et d'écraser la place. Dieu veuille que toutes ces calamités finissent bientôt.

Depuis 2 heures après midy jusqu'à 6 heures 3/4 il y a cession d'armes ; je crois qu'on s'est servy du motif de porter une lettre de l'officier prisonnier pour faire quelques réparations dont nos batteries ont besoin (271).

Aussitôt le retour du parlementaire qui étoit comme à l'ordinaire M. le Mercier, ils ont canonné et bombardé de bonne grâce.

On fait de nouvelles coupures dans la place ; on craint réellement que les ennemis ne tentent de l'enlever d'assaut ; je pense cependant qu'ils n'en auraient pas bon marché, d'autant que nos batteries n'ont point souffert.

Voicy un trait de la part d'un sauvage abénakis, arrivé dans l'action du 31 juillet dernier ; après avoir fait sa décharge sur un anglois qui se sauvoit, l'ayant manqué il se mit à le poursuivre de façon qu'il l'attrappa. Comme cet homme était robuste, se voyant pris par un sauvage, prit le party de colter pour sauver sa vie, et se trouva le plus fort ; cependant soit que ce fut par agilité ou autrement, le sauvage se débarrassa de lui et prenant son fusil par le petit bout l'assomma à ses pieds, luy leva la chevelure et revint victorieux au camp.


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1 août

Résultat de la canonnade

Voicy le résultat de la canonnade (269) qui se fit hyer au Sault. Sur les 2 heures après midy les ennemis débarquèrent à l'abry de leurs frégattes échouées, et comme ils n'avoient point assez de berges pour tout le monde, les troupes du Sault traversèrent à gué, se rangèrent en bataille, et marchèrent sur 3 colonnes vers nos retranchemens. M. de Lévy qui y commandoit avoit fait poster les sauvages du costé du Sault, et les troupes volontaires et miliciens un peu plus en arrière afin de les engager et les prendre entre deux feux ; pendant ce tems nos batteries faisoient un feu très violent et qui chargé à mitrailles faisoit un grand ravage sur les ennemis ; on les voyait se jeter par terre à la décharge et après courir aux retranchemens, et malgré le feu de l'artillerie et de la mousquetterie ils forcèrent une redoute où nous avions 2 pièces de canon que nous enclouasme. Cependant, se voyant écrasés et perdant l'espoir de pénétrer plus avant, ils prirent le party de plier et en se retirant mirent le feu à leurs frégattes qui étaient criblées de boulets et hors d'état d'estre relevées ; on estime leurs pertes de 4 à 500 hommes, et s'ils eussent été plus braves ils en auraient perdu bien davantage, mais ils n'ont pour ainsy dire eu que leurs grenadiers qui aient essuyé notre feu. Nous avons eu dans cette journée 21 hommes de tués et 46 de blessés, lesquelles l'ont été par le boulet sans qu'aucun l'ait été par le fusil.

Les ennemis étaient au nombre de 6 à 7000 hommes, mais un plus grand nombre y auraient péry tant par rapport à la situation du terrain qu'à une averse qu'il y a eue qui le rendoit impénétrable.

Un capitaine de leurs troupes légères (270) y a été fait prisonnier ayant été blessé dangereusement de 3 blessures au corps ; c'est un soldat de Guyenne qui le sauva d'entre les mains des sauvages en lui mettant son habit et son chapeau sur le corps ; on le transporta aussitôt à l'hôpital Général où on prend un grand soin de sa personne, mais la nature de ses blessures fait désespérer de sa guérison ; il dit qu'il avoit été détaché pour soutenir les grenadiers, mais il se plaint que ces mesmes grenadiers l'avoient abandonné ; il demande instamment le soldat qui l'a sauvé pour lui en marquer sa reconnaissance.

Il vient de nous arriver un convoi de 900 quarts de farine qu'on étoit allé chercher à Batiscan.

Un déserteur anglois, sergent de leurs troupes, vient de se rendre à notre camp ; je ne sçais pas encore ce qu'il rapporte au Général ; voicy seulement ce que j'en ai su, que les Anglois dévoient demain matin reprendre leur revanche ; je crains beaucoup qu'ils ne nous manquent de parole, car il serait à souhaiter pour nous que nous eussions une action décisifve, et même le plus tôt serait le meilleur, mais je crains beaucoup qu'ils ne tiennent en longueur d'autant qu'il n'est pas douteux qu'ils sont instruits de notre situation. Sur les 7 heures du soir, il y a beaucoup de canonnade du costé du Sault, ainsy que du vaisseau anglois qui s'étoit enfoncé près de l'Ange Gardien ; je pense qu'il veut sortir de là, d'autant que la mer monte ; les vents sont nord.


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31 juillet

Un feu des plus vifs

Un déserteur anglois s'est rendu à notre camp la nuit dernière ; il rapporte que le feu que nous fîmes hyer sur leurs batteries leur avoit tué beaucoup de monde dont le commandant d'une batterie étoit du nombre ; je crois qu'il nous en impose (266).

Voilà aujourd'hui le 19e jour que les ennemis bombardent la place ; ils nous ont envoyé au moins suivant l'estime de plusieurs personnes plus de 2800 bombes ; celles qu'ils nous envoyent à présent sont plus foibles que les premières  apparemment que la grande espèce leur manque ou qu'ils les conservent pour achever de ruiner.

Sur les 9 heures du matin, deux frégattes (267) ont appareillé du bassin ; les vents sud douest, ils ont été s'échouer au-devant de la Pointe de L'Essay ; aussitôt l'une a mis pavillon anglois sur la poupe ; aussitôt après ce signal un vaisseau de 64 pièces de canon a aussy appareillé et est allé les joindre se tenant mouillé au large d'elles pour les couvrir; tous ensembles ainsy que leurs batteries du Sault qui avoient commencé dès la pointe du jour, ont fait un feu des plus vifs sans interruption, sur nos batteries et sur notre camp ; nos batteries ont joué aussy avec beaucoup de chaleur sur les frégattes et sur le vaisseau, mais ce dernier étoit beaucoup au large ; pendant ce tems plus de 100 berges voltigeoient aux environs ainsy que leurs troupes du Sault qu'on voyait descendre sur la grève. Ce feu a duré depuis le matin jusqu'à 7 heures 1/2 du soir, qu'une des frégattes échouées a pris en feu, un moment après l'autre s'est enflammée aussy ; nous ignorons encore ce qui y a mis le feu (268).


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30 juillet

Une livre de pain par jour

Les ennemis ont démasqué une batterie (260) qui est au nordet de l'ancienne ; elle bat en plein sur le quartier du Palais ainsy que le long du Sault au Matelot ; elle l'éprouve d'une bonne façon.

Les ennemis ont détenté et retenté leur camp du Sault en moins de 3 heures de tems ; je croi qu'ils méditent quelque chose (261).

Sur les 2 heures après midy on a essayé de la Pointe de Lévy à jetter des bombes sur leurs vaisseaux qui sont dans le bassin  je ne vois pas que cela fasse aucun effet, étant hors de la portée (262).

M. l'Intendant vient d'envoyer demander au magasin du Roy un relevé des poudres qu'il nous reste (263), disant que les troupes murmuroient beaucoup de ce que l'on ne tiroit point ; ils ont cela de commun avec bien du monde ; mais pour moy je laisse faire les généraux, étant persuadé qu'ils doivent sçavoir ce qu'il est à propos de faire, ou du moins doivent-ils le sçavoir.

Ce matin on vient d'envoyer un détachement de 200 hommes pour convoyer des vivres qu'on envoie chercher à Batiscan. Je crains beaucoup que nous n'en manquions, quoi qu'on les a retranchées ne donnant plus qu'une livre de pain par jour.

Sur les 5 heures du soir 2 soldats de la colonie ont été pendus pour avoir volé hyer de l'eau-de-vie dans la cave du Sieur Soupirant (264).

Le dernier prisonnier rapporte que les ennemis veulent faire leurs descentes à l'Anse des Mères, qu'ils font des rats d'eau pour venir fondre sur la Basse Ville, qu'ils avoient résolu d'attaquer par Beauport mais qu'ils ont changé de sentiment.

Depuis 3 heures après midy jusqu'à 5 heures du soir on a fait un feu très vif de nos batteries de la place, par ordre de Monsieur de Montcalm, ce qui a empêché pour quelques heures les ennemis de tirer un seul coup (265).

On fait une batterie pour deux mortiers en bas de la citadelle et une batterie de canon un peu au-dessus ; on pense qu'elles feraient bien tord à celle que les ennemis ont à la Pointe de Lévy, mais comme nous ne tirons point ils n'ont rien à craindre.


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29 juillet

Maisons criblées ou écroulées

Les ennemis nous ont canonné et bombardé de la même façon que la nuit dernière, mais cependant beaucoup plus de boulets que de bombes ; les trois quarts des maisons sont criblées ou écroulées.


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28 juillet

Les cajeux ont enfin été lancés

Les cajeux ont enfin été lancés cette nuit ; ils ont été conduits au mieux par le Sieur de Courval qui en étoit chargé, mais comme il faisoit calme les ennemis ont embarqué dans leurs berges pour les éviter ; il n'est pas douteux que s'il eusse venté bon frais qu'ils auraient eu beaucoup de peine à s'en parer (258).

Il y a apparence qu'ils ont été piqués de cette manœuvre et qu'ils se sont vengés sur la place nous ayant jeté depuis minuit jusqu'à 6 heures du matin plus de 200 bombes (259) ; le nommé Grégoire a eu une jambe cassée par un éclat de bombe et son frère légèrement blessé.

M. Charest vient d'arriver de la Pointe de Lévy sans avoir rien fait ; les sauvages qu'il avoit avec lui n'ont osé attaquer les ennemis, chose assez ordinaire parmi eux surtout quand l'action paroist douteuse.


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27 juillet

Fusillade au Sault

Voicy le résultat de la fusillade qui se fit hyer au Sault : les volontaires de M. Repentigny avec des sauvages traversèrent et cernèrent une avant-garde de 200 hommes ; les ennemis envoyèrent aussitôt un puissant renfort ; cependant nos gens s'en tirèrent assez bien ; il a resté sur la place environ 120 de leurs morts ; nos avant-garde ont vu que pendant toute la nuit les ennemis ont transporté sur des brancards des morts ou des blessés (257).

7 blessés avoient été cachés par les ennemis qui aparemment n'avoient pu les enlever, mais les sauvages les ayant trouvés au point du jour les avoient pris ; suivant la connaissance que nous avons eue de leur défaite, on estime qu'ils y ont eu 4 à 500 hommes hors de combat, dont beaucoup d'officiers ; nous y avons eu 12 Canadiens tués ou blessés ; les sauvages y ont fait de riches dépouilles.

Depuis 8 heures du soir jusqu'à 6 heures du matin ce jourd'huy, les ennemis nous ont envoyé 230 bombes comptées, ainsy qu'une grande quantité de boulets ; c'est d'usage que quand ils souffrent à la campagne ils se vengent sur la ville.

Voilà enfin les cajeux qui vont jouer leur dernier rôle cette nuit ; les ordres sont donnés pour les envoyer ; je souhaite pour le bien de la patrie qu'ils puissent faire tout l'effet qu'on s'en est promis, mais j'avoue en vérité que je n'y ai pas de confiance, d'autant que les ennemis se tiennent sur leurs gardes étant prévenus que nous en avons.

Sur le soir une berge angloise se promenant le long de la coste du sud il y avoit 3 Anglois dedans, ils ont été découverts par 3 hommes de la Pointe de Lévy qui aussitôt se sont embarqués dans un canot d'écorce, les ont poursuivis et enfin attrapés après en avoir tué 2 et le troisième a été fait prisonnier.

Dans le cours de la journée, un pot à feu a tombé sur une de nos carcassières qui étoient au quai du palais ; un matelot a été tué, un autre blessé dangereusement.


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26 juillet

Une grande quantité de carcasses et pots à feu

Toute la nuit les ennemis nous ont bombardé et canonné vivement ; il n'y a eu aucun embrasement malgré une grande quantité de carcasses et pots à feu qu'ils ont jetté ; plusieurs maisons aux environs de la porte St. Jean en ont été écrasées ; il n'est pas mention que nous ayons eu personne de tué ny même de blessé.

M. le marquis de Vaudreuil vient de rendre une ordonnance pour deffendre de tirer sur les tourtres à une lieue près de la ville ; en exécution de cette ordonnance on tire de toute part ; voilà comme toutes les ordonnances sont suivies en Canada.

Les courriers du munitionnaire qui occupoient la maison de Madame St. Simon dans le faubourg St. Jean, déblayent ce jourd'hui et viennent camper près de nous ; la boucherie va estre chez Primeau et la boulangerie chez Giroux ; on démolit la maison de M. Hyché pour avoir de la brique pour faire les fours ; en vérité on ne prévoit rien ; il n'étoit pas mal aisé de penser qu'on ne pourroit pas tenir la distribution à la porte St. Jean lorsque les Anglois bombarderaient; par conséquent il étoit inutile d'y faire des fours et autres dépenses.

Depuis qu'on a fait camper les miliciens qui sont dans la ville à la porte St. Jean, soit que les ennemis en aient eu connaissance ou que ce soit par idée, les 3/4 de leurs bombes et boulets sont pour ce quartier; les maisons en soufrent beaucoup. Il vient d'estre pendu un matelot pour vol ; Dieu veuille que l'exemple de ce misérable arreste le brigandage qui se fait de jour et de nuit dans la ville (254).

Depuis le bombardement jusqu'à ce jour nous n'avons eu que 5 personnes (255) de tuées dans la ville soit par les bombes ou boulets ; en vérité je regarde cela comme un miracle de la Providence.

On fait des retranchements à Jacques-Cartier pour en cas de retraite ;  les Anglois vont et viennent avec leurs bâtimens le long de ces costes ; ils cherchent à nous inquietter de toutes parts.

Depuis 11 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir il y a eu beaucoup de fusillade au Sault ; nous ignorons encore ce que c'est.

A 6 heures du soir le Sieur le Gris (256) vient d'arriver de la Pointe de Lévy avec 2 prisonniers qu'il a faite ; son détachement étoit de 17 hommes ; il a surpris 10 Anglois, 5 desquels ont été tués ; 2 se sont sauvés et les 5 autres prisonniers. Le dit Sieur Legris a perdu un homme et lui a été blessé légèrement au corps par une porte.


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25 juillet

À 40 pieds de ma maison

Hyer à 8 heures du soir, les ennemis commencèrent à nous bombarder et canonner vivement depuis ce tems jusqu'à 6 heures du matin ; ils nous ont envoyé 180 bombes ou pots à feu, dont un a enflammé un hangard (251) appartenant à Madame Larche à 40 pieds de ma maison dans lequel j'avais 7 à 800 planches de madriers qui ont été réduits en cendre ainsy que le hangard.

A 8 heures du matin, nous apprenons qu'un détachement anglois avoit fait une descente à l'Anse des Mères (252) ; cette nouvelle a été portée au quartier général ; aussitôt M. de Bougainville, colonel, est party à la teste de 250 hommes de troupes régulières dont 3 compagnies de grenadiers ; quand il a été rendu sur les lieux il s'est trouvé qu'ils avoient tenté dy débarquer mais qu'ils avoient été repoussés ; ils nous y ont pris une carcassière et un jacobite. Les ennemis y ont perdu du monde mais on ne sçait pas combien ; nous y avons eu un officier marinier qui a eu la cuisse coupée par un boulet.

A 9 heures du matin par ordre du commandant de la place, il a été battu un ban pour deffendre de tirer aux tourtres (253) ; plus de 50 hommes ont été mis en prison pour estre contrevenus à l'ordonnance.

Il vient d'arriver un courrier d'en bas qui rapporte qu'il y a une vingtaine de vaisseaux aux environs du Bisq qu'ils prévoient estre des vaisseaux de guerre ; ce ne peut estre que des vaisseaux ennemis s'il dit vray.

Depuis une heure après midy jusqu'à 8 heures du soir il y a cession d'armes ; M. le Mercier, ambassadeur ordinaire, est retourné à bord des vaisseaux ; je ne sçais point qui est le motif de cette cession qui ne plaist pas à tout le monde.


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24 juillet

Bombes assaisonnées de boulets

Pendant toute la nuit les ennemis nous ont envoyé beaucoup de bombes assaisonnées de bien des boulets qui nous ont bien réveillé ; il n'est pas mention que nous ayons perdu personne ; j'estime que depuis le commencement du bombardement à venir à ce jour, les ennemis nous ont envoyé au moins 14 à 15000 bombes ; plus de 80 maisons en sont incendiées ou écrasées à fort fait.

Nous avons eu encore aujourd'hui cession d'armes. M. le Mercier est allé leur porter des vins de liqueurs (250) ; je ne comprends pas en vérité cette politique, d'autant que nous ne tirons aucun avantage de cette cession, qui doit durer jusqu'à 8 heures du soir.


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23 juillet

Une vingtaine de maisons réduites en cendres

Les ennemis nous ont envoyé pendant la nuit au moins 200 bombes ainsy que quantité de pots à feu, ce qui a embrasé la cathédrale ainsy qu'une vingtaine de maisons des environs qui toutes ont été réduites en cendres (248).

Sur les 3 heures 1/2 du matin 2 vaisseaux anglois (249) ont appareillé dedans le bassin et se sont mis en devoir de passer devant la ville, mais le feu de nos batteries a été si vif qu'ils ont été obligés de revirer de bord après avoir reçu plusieurs boulets sans avoir riposté que d'un seul.

Nous venons de déblayer de la prairie de M. Hyché ; les boulets et les bombes commencent à nous y chagriner, nous allons camper un peu plus loin que chez Giroux, sous la coste d'Abraham.

Un matelot a été emporté sur le rempart en chargeant une pièce.


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22 juillet

200 femmes et enfans

Les ennemis nous ont envoyé pendant la nuit environ 80 bombes, mais qui heureusement n'ont pas fait grand mal, les unes ayant crevé en l'air et les autres n'ayant point éclaté.

Dans la descente que les ennemis firent hyer à la Pointe-aux-Trembles ils nous y ont pris plus de 200 femmes et enfans ; les Sieurs Frichet, la Caze et Lainyé y ont été pris aussi ; ces Messieurs étoient alés voir leurs maîtresses qui étoient là (244).

A 2 heures après midy il y a eu cession d'armes (245) ; les Anglois nous ont remis nos femmes à terre à Sillery, mais ils gardent les 3 hommes. Les ennemis ne tinrent pas longtems dans cette descente ; nous y avions quelques sauvages qui tirèrent dessus et les obligèrent de se rembarquer ; ils y ont perdu 15 ou 20 hommes et plusieurs blessés ; une de nos dames a été blessée légèrement à une jambe et le nommé Micheau père a reçu une balle à la joue ; le Sieur Stobo (246) étoit le conducteur de ce détachement ; le général Hwolf y étoit aussi qui a très bien reçu nos dites dames ; il leur a fort conseillé de ne point retourner dans la ville, qu'avant peu de jours elle seroit réduite en cendres ; ils ont fait faire beaucoup de compliments à M. Bigot et de l'assurer que sitôt que nous serions pris ils auroient pour lui tous les égards possibles.

Ils ont aussi fait beaucoup d'éloges de M. de Montcalm, que c'étoit un bon général, mais que M. de Vaudreuil étoit un homme fort libre qu'il leur laissoit au contraire faire tout ce qu'ils vouloient, qu'ils espéroient en peu se rendre maîtres du Canada ainsy que des frégattes que nous avions en haut ; voilà tout ce que j'ai appris de ces prisonnières qui sont bien aises d'estre revenues quoiqu'elles fussent très bien avec eux.

Pendant la cession un petit bâtiment a passé audevant de Québec ; il porte sans doute leurs blessés à l'hôpital (247) qu'ils ont à l'Isle d'Orléans. Immédiatement à 6 heures du soir la trêve a cessé.


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21 juillet

Les Anglois font des miracles

Pendant toute la nuit les ennemis ont bombardé vigoureusement ; la plus grande partie de leurs bombes avoient leur direction sur le quartier du palais ; plusieurs ont tombé sur les casernes royales plusieurs maisons dans les environs en ont été écrasées, une entre autres est venue tomber dans le quartier de M. Hyché. Cette même nuit 5 boulets et un pot à feu ont tombé, la plus loin à 40 pieds de ma maison ; j'ai eu plus de 50 planches de cassées par une dans un hangar.

Le vaisseau anglois échoué à la Pointe de Lévy a été relevé hyer de marée haute ; il ne paroist pas même avoir beaucoup fatigué dans son échouage ; les Anglois font des miracles.

On garde constamment Beauport comme s'il étoit impossible aux ennemis d'aller autre part ; voilà cependant 3 descentes qu'ils font, mais suivant le sentiment de nos généraux cela n'est rien ; on ménage aussi avec beaucoup de soin nos munitions étant expressément deffendu de tirer un seul coup de canon (242), tout le monde en murmure, mais on est obligé de garder le silence, nos généraux sont les maîtres, et sçavent sans difficulté mieux que nous ce qu'il faut faire ; aussi reposons-nous sur eux.

M. de Lanaudière, chevalier de St.Louis, est à présent le grand Bouvier du munitionnaire (243) ; cette nouvelle charge lui est plus lucrative qu'honorable ; tout le monde en rit mais il y trouve son compte et sa sûreté.

Hyer un milicien a été emporté par un boulet de canon, au Sault ; pendant la nuit nous y avons entendu beaucoup de canon ainsy que de mousquetteries ; nous ignorons encore ce que c'est.

Nous venons d'avoir un batteau armé d'une pièce de 8 de coulé à fond par un boulet des ennemis ; on sauvera la pièce à marée basse.

La conduite de nos généraux et l'inaction de nos troupes et miliciens me fait en vérité désespérer du salut de cette pauvre colonie ; les ennemis ont débarqué en premier lieu à l'Isle d'Orléans, ensuite à la Pointe de Lévy, au Sault, à la Pointe-aux-Trembles et à Deschambeaux sans que personne se soit pour ainsi dire opposé ; je ne sçais pas à présent où il ont dessein d'aller, mais en vérité je pense qu'ils yront partout où ils voudront.

Sur les 10 heures du matin les ennemis avoient un peu diminué leur feu, mais à 5 heures du soir ils recommencèrent à nous bombarder vigoureusement ; je pense que la nuit ne sera pas tranquille.


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20 juillet

On a tiré sur les vaisseaux ennemis

Comme c'est contre toute attente que les vaisseaux aient passé devant Québec on n'avoit pas prévu à y transporter de l'artillerie ; c'est pourquoi aujourd'hui qu'on est désabusé on y fait transporter 2 pièces de canon pour mettre à Samos ; aussitôt qu'ils ont été placés on a tiré sur les vaisseaux ennemis, même une frégatte en a été dit-on maltraitée ; mais cependant ils gardent toujours leur même mouillage.

Le nommé Sanschagrin, caporal dans les troupes de la colonie, qui avoit été pris le mois de may dernier par l'escadre de l'amiral Durel, s'est échappé le 18 du bord du vaisseau le Prince d'Orange ; il a traversé à la nage et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il a attrappé terre, (c'étoit au Cap Bruslé), et de là est venu icy (241).

Pendant la nuit un déserteur anglois s'est rendu à notre camp ; il se dit estre domestique du second commandant ; il rapporte la même chose que tous les autres prisonniers ; ils s'accordent tous à dire qu'ils n'ont que 9 à 10,000 hommes de descente ; et ce dernier ajoute que le général Hwoulf étoit traversé la veille à la Pointe de Lévy, et montoit avec un corps de troupes, mais qu'on ignorait son projet.


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19 juillet

Un vaisseau de 50 canons

Sur les 11 heures 1/2 à minuit un vaisseau de 50 canons 2 frégattes légères, un senault et un batteau (238), ont passé devant la ville et ont monté jusqu'à l'Anse des Mères ; il est surprenant qu'ayant tant de chaloupes, de patrouilles et du plus beau tems du monde on ne les ait pas vues ; cela ne prouve que trop combien peu nous nous tenons sur nos gardes ; un 6e qui paroist estre de 18 à 20 canons ayant aussi voulu passer, s'est échoué (239) sur la Pointe de Lévy où il paroist à sec ce matin ; nos carcassières et Jacobites tirent dessus, mais malgré leur feu il paroist des chaloupes et berges qui les déchargent.

Voicy enfin la fin de nos brûlots ; un 8e nous restoit à l'Anse des Mères ; sitôt que les vaisseaux ennemis ont été mouillés après avoir canonné, ils ont envoyé une seule berge qui a mis le feu ; nos gens y ont pourtant fait une foible resistance mais qui n'a abouty à rien ; cette expédition s'est faite à 9 heures du matin à la barbe de 600 hommes que nous y avions ; on auroit pu cependant éviter l'incendie d'un brûlot en le mettant à terre, mais il faut croire qu'on pensoit que les ennemis n'y feraient point de mal ; je ne sçais pas s'ils l'avoient promis ou non (240).

Il nous reste encore les cajeux du Sieur Courval avec 2 petits bâtimens qui doivent servir pour les conduire quand on voudra s'en débarrasser, mais je crains beaucoup que les ennemis ne nous en débarrassent.


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18 juillet

Pauvre ville

Sur les 8 heures du matin un sergent, 2 soldats du Guyenne et un habitant ont été blessés à la porte St. Jean par des éclats de bombes.

Il est bien fâcheux de voir écraser journellement cette pauvre ville sans même qu'on riposte de la moindre chose ; je ne sais en vérité pour quel tems on réserve les munitions ; c'est en vérité pitoyable de voir les dégast qu'il y a dans cette pauvre place.

Sur les 9 heures du matin, une bombe a tombé dans la maison du Sieur Rotot (234), elle a éclaté dedans et y a fait un fracas affreux ; le dit Sieur étoit dedans et n'a eu aucun mal.

A 8 heures du matin après une décharge de 8 coups de canon tirés à bord d'un de leurs vaisseaux, 5 de leurs dits vaisseaux ont appareillé et sont descendus en bas, soit qu'ils aillent en découverte ou ailleurs.

Quelques prisonniers rapportent que la canonnade que nos carcassières et nos Jacobites firent il y a quelques jours contra leurs vaisseaux avoit tué 12 matelots et 2 officiers et crevé une de leurs frégattes. (235)

Hyer au soir le Sieur Langlade, officier et interprèste des sauvages, a traversé 4 à 500 sauvages ; ce matin il a envoyé demander du renfort à M. de Lévy afin d'attaquer une garde de 10 à 1200 hommes ; il n'attaquera peut-être que la nuit prochaine ; Dieu veuille qu'il réussisse (236). Un prisonnier fait il y a plusieurs jours du costé de Beaumont par des habitans vient d'arriver et on l'a conduit au quartier général.

De demi-heure en demi-heure les ennemis nous envoient 3 bombes qui sont assaisonnées de coups de canon, ce qui abîme les pauvres maisons de la ville.

Sur les 5 heures du matin un boulet a passé dans le toit de ma maison et en a coupé une planche ; voilà tout le mal qu'elle a eu jusqu'ici.

La direction des bombes depuis midy est aux environs de l'Hôtel-Dieu, une a tombé a razer la salle d'armes ; nous y avons au moins 300 milliers de cartouches dans un appartement qui n'est point voûté ; cependant on doit les ôter demain, pourvu qu'elles ne sautent pas aujourd'hui ; je ne puis comprendre en vérité pourquoi on est si négligent de ne pas mettre en sûreté des effets aussi précieux et en même tems aussi dangereux, si malheureusement une bombe venoit à y tomber (237).


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17 juillet

Beaucoup de mousquetteries

Les ennemis nous ont chauffé pendant toute la nuit d'une bonne façon ; ils se servent de 3 mortiers et 4 pièces de canon ; ils ont travaillé beaucoup toute la nuit à retenir leurs batteries ; il n'y a eu aucun embrasement ; nous ne tirons que quelques coups de canon de distance en distance.

Sur les 10 heures du matin, le Sieur Colet (231), marchand et le nommé Colas Gauvreau (232) ont été frappés par un boulet sur la batterie Royale ; ils sont morts tous les deux quelques heures après. Pendant la nuit il y a eu une grande canonnade au Sault ; ainsy que beaucoup de mousquetteries ; nous y avons des sauvages et des Canadiens qui y sont traversés ; nous ignorons encore à 8 heures du matin la réussite de cette découverte.

Monsieur le marquis de Montcalm commença hyer à monter la grande garde qui est de 1500 hommes.

Depuis 10 heures du matin les ennemis nous donnent les violons d'une bonne façon ; il y a fort à craindre pour l'embrasement, d'autant qu'ils envoyent une grande quantité de pots à feu et carcassières, et que les vents sont nordet grand frais.

Voici le résultat de la canonnade du Sault, nos sauvages y ont défait 45 hommes et fait trois prisonniers ; je ne sçais point encore leur déposition ; ces sauvages sont Folle avoines et OutaSois (233).

Dans ce moment on vient de m'apprendre la déposition de ces prisonniers, voicy ce qu'ils rapportent que l'ordre du général avoit été donné pour traverser le Sault et venir nous attaquer, qu'ils ne sçavent pas ce qui a pu empêcher de le faire, que depuis 3 ou 4 jours leurs charpentiers et ouvriers étoient occupés à faire un pond pour jeter sur la rivière, et qu'à présent il étoit fait, que les habitans de la coste du Beaupré leurs montraient les chemins, leurs fournissoient boire et légumes, qu'ils les payoient en espèces, qu'ils appréhendoient une flotte françoise et même qu'ils avoient eu une alerte à ce sujet par un de leurs bâtimens qui disoit avoir vu des vaisseaux françois dans le bas de la rivière, qu'on leur avoit retranché les vivres, n'ayant plus qu'un demi-livre de biscuit par jour, qu'ils avoient envoyé 3 de leurs vaisseaux à Louisbourg pour y chercher des provisions, que le général Hwoulf faisoit toutes les nuits des revues exactes de tous ces postes avancés, qu'ils ont 700 hommes à la Pointe de Lévy qui sont des canonniers et des marins pour le service des batteries et qu'ils étoient 7500 de l'autre costé du Sault ; voilà tout ce que j'ai su de leur déposition.


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16 juillet

Les ennemis ont bombardé toute la nuit

Les ennemis ont bombardé toute la nuit avec grande chaleur ; le nommé Pouliot (224) habitant du Cap Rouge a été écrasé par une bombe audevant de la cathédrale ; les Sieurs Dufour et Brassard (225) ont été blessé légèrement par une autre qui a tombé entre eux deux sur le pas d'une porte où ils étoient.

Sur les 5 heures du matin une bombe a tombé sur le coin du pignon du Sieur Robin (226) ; il en a été quitte pour quelques planches qu'elle a emportées ayant tombé en éraflant.

Nous avons déserté du magasin du Roy, la place n'étant plus tenable, et nous avons été camper dans la (227) prairie de M. Hyché ; MM. le controlleur (228) et le trésorier (229) y sont venus aussy.

A 11 heures du matin un pot à feu ayant tombé dans la maison du nommé Chevalier dans la grande coste, elle a été embrasée aussitôt, s'est communiqué à celle de Treyvoux, celle de la veuve Chenevert, celle du grand Girard, celle de Madame Boishébert, celle du Sieur Cordeneau, et enfin celle du Sieur Dacier qui a été la dernière où l'on a coupé le feu (230). Au commencement de ces embrasemens les ennemis faisoient un feu très violent, mais on a fait jouer nos batteries avec tant de vivacité que les ennemis n'ont pu tirer que 2 bombes depuis midy jusqu'à 7 heures du soir; plusieurs pièces des ennemis ont été démontées et leurs batteries toutes criblées ; nous avons au moins tiré 7 à 800 coups de canon.


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15 juillet

Les ennemis ont beaucoup canonné

Les ennemis ont beaucoup canonné au Sault ; ils nous y ont même démonté une pièce.

Nos braves Jacobites ont poursuivy et canonné des berges qui venoient de l'Isle à leur camp du Sault ; ils en ont même coulé une à fond ; les autres ont sauvé le monde et se sont sauvés avec beaucoup de promptitude à l'Isle d'Orléans d'où ils venoient.

Sur les 8 heures du soir ils ont commencé à bombarder ; ils nous ont jetté pendant la nuit 80 bombes et quelques coups de canon ; une femme a été écrasée dans la maison de M. Gaspé (222) par une bombe qui a tombé dedans ; ils continuent toujours le même jeu et nous avons à présent plus de trente maisons ou églises d'écrasées, mais cela n'est encore rien au prix de ce qu'il nous arrivera ; il faut pour se consoler s'imaginer que la ville étoit déserte, car je ne pense pas qu'il y reste beaucoup de maisons.

Il y a eu pendant la nuit une canonnade au Sault et même quelque peu de mousquetteries ; je ne pense pourtant pas qu'il y ait eu grand chose ; c'est sans doute nos sauvages qui sont allés se divertir à tirer sur les Anglois d'un bord à l'autre de la rivière ; sitôt que cela arrive le canon roule chez eux.

Sur les 10 heures du matin, un boulet tiré à la Pointe de Lévy a passé par dessus la ville, est venu tomber dans la prairie de M. Hyché (223) où il s'est enterré plus de 3 pieds d'avant après avoir cassé un gros pieu ; ce boulet pèse 30 livres.


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14 juillet

La nuit ne sera pas trop tranquille

Toute la nuit a été fort tranquile et à 7 heures du matin ils ont commencé à bombarder.

Deux soldats de la colonie ont déserté aux Anglois.

Les ennemis travaillent beaucoup à augmenter leurs batteries de la Pointe à Lévy ; ils paraissent en faire une au devant de la citadelle pour apparemment bombarder la poudrière ; suivant les mouvemens du jour la nuit ne sera pas trop tranquille.

Hyer à 7 heures du soir la carcassière la Gentille a tourné à l'arrière par un grain de vent ; 3 matelots se sont noyés et le reste de l'équipage a été sauvé par des chaloupes qui étaient aux environs ; on espère sauver la pièce à marée basse, y ayant peu d'eau.


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13 juillet

Bombardement toute la nuit

Les ennemis ont continué le bombardement toute la nuit ; on leur a riposté de la place et surtout aux galiottes qui se sont éloignées hors de la portée, mais les batteries nous en ont envoyé au moins 120 dont plusieurs maisons en ont été écrasées ; une a tombé sur la cathédrale, une autre sur l'église des Jésuites ainsy que sur plusieurs autres bâtimens ; la plus loin qui est tombé dans la place est à 50 pas de la porte St. Jean en dedans.

Quantité de femmes et enfants qui étoient restés dans la ville ont été beaucoup effrayés ; heureusement qu'il n'y a eu personne de tués ny même de blessés. Sur les 10 heures du matin, les ennemis ont un peu diminué leur feu ; les gailottes sont encore revenues, elles ont jetté quelques bombes, mais on leur en a envoyé de la place qui les ont obligés de décamper promptement et elles ne sont point revenues.

Voicy la réussite du détachement qui traversa à la Pointe de Lévy. Sur les 11 heures 1/2 du soir ils traversèrent de l'autre costé en assez mauvais ordre ; ils débarquèrent à peu près dans le même goust.

Ceux qui dévoient marcher à la teste se trouvoient à la queue ; finalement ils se mirent en marche ; voicy quelle étoit leur disposition, les sauvages marchoient devant et faisoient la découverte ; ensuite étoit M. Dumas avec la compagnie de réserve ainsy que les piquets des troupes de terre ; et la marine, séminaristes et plusieurs jeunes gens dans ce goust faisoient l'arrière garde.

Lorsqu'ils furent montés sur la coste qui est beaucoup escarpée, il y eut une espèce d'alerte ; les officiers crièrent de se tenir sur ses gardes; l'arrière garde voyant le centre qui défiloit crut que c'était les ennemis qui les approchoient ; aussitôt sans plus de réflexion ils firent feu dessus ; ceux qui étoient de l'avant se replièrent pour voir ce que c'était, de façon qu'une peur panique s'empara de l'arrière garde au point de se jetter dans la coste où les uns ont perdu leurs chapeaux, fusils, épées, souliers et même jusqu'à des bas ; il y a eu un Canadien de tué et 2 de blessés ; voilà en peu de mots la réussite d'un détachement sur lequel on comptait tant et qui effectivement aurait dû faire des merveilles (221).

Il y a eu une grande canonnade au Sault ; nous y avons eu un Canadien d'emporté par un boulet ; il n'est pas mention que nous ayons fait beaucoup de mal aux ennemis.


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12 juillet

De 12 à 1500 hommes

Pendant la nuit on mena une 40ne de batteaux du Roy au Cap Rouge pour traverser ce soir à la Pointe de Lévy et traverser à la rivière Détréchemins (217) ; ce détachement doit être de 12 à 1500 hommes, tant troupes réglées que Canadiens et sauvages, qui tous sont volontaires. M. Dumas doit commander en chef et M. Douglas (218), capitaine en second au régiment de Languedoc, commandant en second ; on compte beaucoup sur ce détachement ; Dieu veuille qu'il réussisse ; nous en avons bon besoin (219).

Sur les 9 heures du soir, les ennemis ont envoyé une fusée (220) de dessus une hauteur de la Pointe de Lévy, aussitôt après ce signal une galiotte a envoyé une bombe et une autre en même tems de leurs batteries de la Pointe de Lévy.


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11 juillet

Un fameux libertin

Un déserteur anglois s'est jetté à l'eau d'une frégatte et s'est rendu à la nage à notre camp de Beauport ; c'est un provençal dont le père est connu de plusieurs personnes d'icy pour un bon négociant ; ce garçon étant un fameux libertin, après avoir dépensé son argent, s'étoit embarqué dans un corsaire, ressource ordinaire des libertins ; il dit avoir été retenu 2 ans par les anglois ; il rapporte la même chose que celuy d'hyer et ajoute que les Anglois ont retranché leurs vivres à leurs troupes et équipages.

Nos sauvages et quelques Canadiens ayant traversé de l'autre costé du Sault ont surpris un détachement d'Anglois desquels il en a été tué une 60ne (215), un officier de milice en a tué 11 à sa part, mais malheureusement il a reçu un coup mortel dans la poitrine ; 3 autres Canadiens y ont été tués sur la place dont le fils de Trudelle de Charlesbourg en est un (216) ; quelques blessés, Canadiens et sauvages.

Les vaisseaux anglois restent toujours dans le bassin sans oser approcher du Sault ; ils craignent les bombes.

Les Anglois se fortifient toujours beaucoup à la Pointe de Lévy ainsi que pour les hauteurs de l'autre costé du Sault desquelles ils se sont emparés contre l'idée de M. de Vaudreuil, auquel on demanda du monde pour empêcher la descente, ce qu'il ne jugea pas à propos de faire.


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